
CE marges : « Seul un débat démocratique, celui d’une élection présidentielle, tranchera » (A. Genevard)
« Rebâtir un cadre commercial respectueux du travail du monde agricole, tout en pacifiant les relations, nécessite des orientations fondamentales que seul un débat démocratique comme celui d’une élection présidentielle pourra trancher. Toute réforme utile passera par les axes suivants : améliorer la structuration des filières à l’amont en renforçant encore la contractualisation écrite et la place des interprofessions ; remettre de l’automaticité dans les mécanismes de répercussion des variations des coûts ; en finir avec la culture du prix le plus bas lorsqu’on parle d’alimentation et pour cela revoir aussi les objectifs assignés à la concurrence et s’interroger sur la publicité comparative ; faire bouger Bruxelles sur le sujet de l’affichage de l’origine des denrées alimentaires. Enfin, le projet de loi d’urgence agricole sera aussi l’occasion d’évoquer ce sujet majeur pour nos filières agricoles », déclare Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire, le 15/04/2026, lors de son audition au Sénat
• Palais du Luxembourg, siège du Sénat de la République depuis 1879 : première pierre posée en 1615 par Marie de Médicis, successivement demeure royale, prison révolutionnaire, puis siège du pouvoir…
, dans le cadre de la commission d’enquête sénatoriale sur les marges des industriels et de la grande distribution.
La commission, dont Anne-Catherine Loisier
Sénatrice (Groupe Union Centriste) de la Côte-d’Or @ Sénat
, sénatrice (Union centriste) de la Côte-d’Or est la présidente et Antoinette Guhl, sénatrice (Écologiste - Solidarité et Territoires) de Paris, la rapporteure, a lancé ses travaux le 10/12/2025 et devrait rendre son rapport le 25/05/2026.
Elle s’est donnée comme objectif :
• d’éclairer les citoyens et la représentation nationale sur la construction des prix ;
• d’analyser l’influence des acteurs de la chaîne sur le niveau des prix pour le consommateur et leur caractère inflationniste ou non ;
• d’examiner le partage de la valeur tout au long du processus de production et de commercialisation des produits ;
• de s’assurer que les fournisseurs en amont, et notamment les agriculteurs pour les produits agricoles, mais aussi les autres fournisseurs pour d’autres catégories de produits, bénéficient d’une rémunération la plus juste possible.
News Tank rend compte des principaux éléments de l’audition de la ministre Annie Genevard.
« Le sujet n’est pas l’existence ou non de marge, mais de savoir si chaque maillon de la chaîne parvient à en dégager suffisamment pour vivre de son travail » (Annie Genevard)
- « Le sujet n’est pas l’existence ou non de marge, mais de savoir si chaque maillon de la chaîne parvient à en dégager suffisamment pour vivre de son travail et se projeter dans l’avenir. Force est de constater qu’en termes de capacité à peser dans les négociations, il y a un déséquilibre du fait même de la structure du marché, très atomisée en amont, un peu moins au centre et concentrée à l’aval. Je ne me prononce donc pas sur le niveau de marge de chaque acteur en absolu. En revanche, je pense que nous devons interroger la dynamique des relations commerciales, du partage de la valeur, pour s’assurer que chacun ait sa part du gâteau. Autrement dit, le système de formation des prix alimentaires et de partage de la valeur, donc le cadre Égalim États généraux de l’alimentation , n’est pas pleinement efficace aujourd’hui.
- Le cadre Égalim ne parvient pas encore à atteindre pleinement les objectifs que les législateurs ont souhaité lui assigner. Interroger les marges, c’est interroger le rôle, la place et le pouvoir de négociation des trois acteurs principaux de cette chaîne. L’agriculteur, l’industriel fournisseur et le distributeur. Il faut en rajouter un quatrième, le consommateur, qui a, dans ses choix d’achat, une part importante des solutions.
- Si le sujet des marges des uns et des autres est important, il n’est pas le facteur unique d’explication des difficultés que traverse le monde agricole, ces dernières résultant tout aussi bien de la concurrence déloyale de certaines normes, du climat, de la taille des exploitations, du renouvellement des générations et des cours mondiaux.
- Les lois Égalim ont été conçues pour corriger un déséquilibre structurel en renversant la logique de construction des prix pour créer la construction en marche avant, c’est-à-dire à partir des coûts de production agricole. Elles ont introduit des outils essentiels. Contractualisation écrite à la main, sanctuarisation de la matière première agricole, mécanismes destinés à garantir la transmission de ces coûts tout au long de la chaîne. Ces avancées sont réelles, ne serait-ce que parce qu’elles ont inscrit dans le marbre législatif que le prix de l’alimentation ne peut être dissocié du travail agricole. Plusieurs objectifs ont donc été remplis. Mais, il y en a un qui n’a pas été rempli : le SRP Seuil de revente à perte + 10, une sorte de cagnotte qui devait normalement apporter un petit bol d’air à la distribution pour que les négociations soient plus apaisées dans les box sur les produits alimentaires. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui pense que le SRP + 10 a rempli son objectif. Il y a donc une somme partie du consommateur vers la distribution, mais qui n’a pas ruisselé vers les agriculteurs. Dans ces conditions, je suis ouverte à toutes réflexions qui permettent de faire ruisseler de façon plus certaine vers le monde agricole.
- Rebâtir un cadre commercial respectueux du travail du monde agricole, tout en pacifiant les relations, nécessite des orientations fondamentales que seul un débat démocratique comme celui d’une élection présidentielle pourra trancher. De mon point de vue, toute réforme utile passera par les axes suivants : améliorer la structuration des filières à l’amont en renforçant encore la contractualisation écrite et la place des interprofessions ; remettre de l’automaticité dans les mécanismes de répercussion des variations des coûts ; en finir avec la culture du prix le plus bas lorsqu’on parle d’alimentation et pour cela revoir aussi les objectifs assignés à la concurrence et s’interroger sur la publicité comparative ; faire bouger Bruxelles sur le sujet de l’affichage de l’origine des denrées alimentaires. C’est une attente forte de la société et cela pourrait débloquer certaines situations. Enfin, le projet de loi d’urgence agricole sera aussi l’occasion d’évoquer ce sujet majeur pour nos filières agricoles. »
Annie Genevard
Ministre @ Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire
, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire, le 15/04/2026, au Sénat.
« Je ne pense pas qu’il faille lutter contre l’existence même des centrales, mais fermement contre certaines pratiques qui fragilisent les fournisseurs, donc en amont les agriculteurs »
- « Créer une centrale d’achat est légal. Cela peut même être utile, dans certains cas, quand une enseigne a des magasins dans plusieurs pays. Je ne pense pas qu’il faille lutter contre l’existence même des centrales. En revanche, il faut lutter fermement contre certaines pratiques qui fragilisent les fournisseurs, donc en amont les agriculteurs. Il existe une directive européenne sur les pratiques commerciales déloyales qui interdit certaines pratiques de la part des acheteurs lorsque leur fournisseur fait moins de 350 M€ de chiffre d’affaires. Or, il s’avère que la Commission européenne
Principal organe exécutif de l’Union européenne.• Création : 1958• Rôles et missions :- Participe à la stratégie globale de l’UE ;- Propose de nouvelles législations et politiques, assure le suivi…
va bientôt réviser cette directive. C’est l’occasion de mieux encadrer ce qu’il s’y passe.
- Il faut d’abord protéger tous les fournisseurs, et pas seulement ceux qui font moins de 350 M€ de chiffre d’affaires, dès lors que l’acheteur dépasse un certain chiffre d’affaires à définir. Je proposerai donc à Bruxelles de faire sauter ce seuil de 350 M€.
- Ensuite, en complétant la liste des pratiques interdites, on pourrait interdire les déséquilibres manifestes, les avantages sans contrepartie ou encore le fait d’exiger du fournisseur qu’il négocie avec une centrale de service avant d’avoir le droit de négocier avec la centrale d’achat en Europe. Il faut interdire une sorte de péage qui existe. Il faut multiplier les contrôles, notamment durant les négociations et pas uniquement à la fin.
- Et enfin, si les centrales européennes promettent qu’elles ne contournent pas Égalim, dans ce cas, qu’elles excluent les produits alimentaires français ou fabriqués avec beaucoup de MPA
Matière première agricole
française, dans ce cas, le débat s’apaisera. »
Annie Genevard, le 15/04/2026.
« Confier au médiateur le choix de participer aux échanges quant à l’élaboration des indicateurs »
- « Il faut d’abord s’assurer que les indicateurs de coûts de production soient les plus fiables possibles et que toutes les interprofessions soient en mesure d’en élaborer pour qu’ils fassent foi. Le prix de référence doit être celui des interprofessions, sauf si les contractants ont décidé de procéder différemment. Mais l’indicateur de base est les coûts de production établis par les interprofessions. C’est à partir de ces indicateurs que se construit ensuite la marche en avant du prix. Aujourd’hui, certaines filières en ont développé, mais pas toutes, notamment car au sein de certaines, tous les collèges ne sont pas d’accord entre eux, entre producteurs et industriels, par exemple. Une piste serait de confier au médiateur le choix de participer aux échanges quant à l’élaboration de ces indicateurs.
- La contractualisation écrite est obligatoire, sauf pour des filières qui sont exonérées par décret. Si c’est nécessaire, nous pourrions revoir cette exonération pour que davantage de filières y participent, sur la base des remontées d’expérience et des filières qui sont déjà dans la contractualisation.
- L’option 3 est de nature à protéger le secret des affaires. Je ne suis pas favorable à sa suppression, d’autant qu’un certain nombre de garde-fous peuvent attester, par un commissaire aux comptes, la réalité de la part de la matière première agricole rapportée à sa transformation.
- Il faut mieux faire fonctionner Égalim pour préserver aussi notre outil de transformation. Et on peut imaginer où les PME Petites et moyennes entreprises pourraient demander tout au long de l’année des revalorisations de leurs tarifs en fonction, alors, cela ne veut pas dire une ouverture des négociations commerciales permanentes, parce que là, ce serait d’une violence inouïe. Mais il y a des circonstances qui peuvent créer des charges supplémentaires qu’il faudra bien prendre en charge.
- Je ne suis pas favorable à supprimer la date du 01/03. Si on le, cela veut dire qu’on est en négociation permanente.
- Il faut instaurer l’idée que l’alimentation ne peut pas être le parent pauvre ou la variable d’ajustement d’un budget. La reconquête de notre souveraineté alimentaire implique que le citoyen soit informé de la saisonnalité des produits, de la qualité des produits sous signe de qualité, de l’importance sociétale de consommer français. On ne peut pas aimer les agriculteurs une fois par an quand ils manifestent ou quand on visite le Salon de l’agriculture et ignorer que l’acte d’achat emporte une part essentielle du soutien apporté aux agriculteurs.
- La solution est-elle d’encadrer la MPI
Matière première industrielle (emballages, énergie…)
, comme on le fait avec la MPA ? Cela veut dire qu’on est dans une relation totalement administrée. Cela pose d’autres difficultés, et les industriels n’y seraient pas favorables. Ils sont favorables à des négociations, qui soient loyales. Un bon accord, c’est un accord qui satisfait les deux parties. Vous avez raison de pointer du doigt la fragilité dans laquelle se trouve aujourd’hui la MPI. Et en même temps les exigences de modernisation si l’on veut évidemment pouvoir supporter la concurrence et notamment la concurrence européenne. Il faut des outils de transformation qui soient performants. »
Annie Genevard, le 15/04/2026.
Annie Genevard
Ministre @ Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire
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Fiche n° 52365, créée le 20/09/2024 à 09:44 - MàJ le 27/05/2026 à 12:13
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