L’abonnement à News Tank Agro est payant, merci de respecter la propriété intellectuelle et de ne pas transférer cet article sans autorisation préalable de News Tank Agro.

Marges de la grande distribution : « Nous sommes loin d’avoir rattrapé les prix d’avant crise » (S. Pageot)

News Tank Agro - Paris - Actualité n°432844 - Publié le
- +
©  Sénat
Stéphanie Pageot, secrétaire nationale chargée des liens avec les opérateurs économiques de la Fnab. - ©  Sénat

« Nous sortons de deux années de crise dans la filière bio, avec un retournement du marché en 2022 à la suite de la forte inflation des produits agricoles. Les consommateurs se sont détournés de l’agriculture biologique et les surfaces en bio ont malheureusement diminué en 2023 et en 2024. La santé économique des fermes n’est pas au beau fixe. Elles se remettent doucement de cette crise. Il y a eu à la fois des baisses de prix et des baisses de volume, ce qui fait que certaines productions, notamment en filières longues, ont vécu des moments difficiles. Nous sommes loin d’avoir rattrapé les prix d’avant crise, tout comme les volumes », déclare Stéphanie Pageot, secrétaire nationale chargée des liens avec les opérateurs économiques de la Fnab, le 03/03/2026.

Elle était auditionnée par la commission d’enquête du Sénat • Palais du Luxembourg, siège du Sénat de la République depuis 1879 : première pierre posée en 1615 par Marie de Médicis, successivement demeure royale, prison révolutionnaire, puis siège du pouvoir… portant sur les marges des industriels et de la grande distribution, en compagnie de Thomas Breuzet, président du Synabio et dirigeant du groupe Quinoak, Jean-Marie Roy et Guillaume Lejal, co-président et directeur général de l’Unebio, Charles Kloboukoff et Éric Guilhem, président et directeur commercial de Léa Nature.

Créée à l’initiative du groupe Écologiste-Solidarité et Territoires, le 10/12/2025, la commission d’enquête vise à examiner le partage de la valeur tout au long du processus de production et de commercialisation, afin de s’assurer d’un partage équitable des marges entre les différents acteurs. Elle devrait achever ses travaux au plus tard le 25/05/2026.

« D’après l’OFPM, le maillon agricole ne capte que 10 % de la valeur ajoutée créée par la vente d’un produit alimentaire. Ce n’est pas du tout suffisant pour les paysans et les paysannes bio. Il faudrait probablement au moins 20 % pour donner des perspectives intéressantes, être en capacité de réinvestir et, surtout, donner une rémunération décente aux agriculteurs et agricultrices, pour répondre aussi à l’enjeu de la transmission des fermes. »

News Tank rend compte des principales déclarations formulées durant l’audition.


« Pas de visibilité sur les marges réelles au niveau de la transformation ou de la distribution » (Stéphanie Pageot, Fnab)

  • « Nous n’avons pas de visibilité sur les marges réelles au niveau de la transformation ou de la distribution. Cela fait plusieurs années que nous poussons l’OFPM Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires à donner des données plus précises et spécifiques sur l’agriculture biologique, en particulier sur des produits a priori simples, comme le lait, les œufs, potentiellement le steak haché. Malheureusement, nous n’arrivons pas à obtenir des données permettant d’estimer la répartition de la marge entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs. »

    Stéphanie Pageot, secrétaire nationale en charge des liens avec les opérateurs économiques de la Fnab • Réseau professionnel des agriculteurs biologiques français.• Création : 1978• Missions :- défendre les droits et porter la voix des agriculteurs et agricultrices bio ;- développer et essaimer… , le 03/03/2026

« Fixer un minimum de 20 % d’offre bio à l’horizon 2030 » (Thomas Breuzet, Synabio)

  • « Documenter précisément les marges, famille de produits par famille de produits, est aujourd’hui extrêmement difficile, en particulier pour les produits bio. Les limites sont identifiées : l’accès trop partiel aux données des distributeurs, les équilibres en matière complexes et les mécanismes de péréquation entre catégories de famille de produits qui rendent l’analyse délicate. Nous regrettons également qu’aucune étude publique ne permette de quantifier l’existence et le niveau des éventuelles surmarges. Cela nous semble important d’améliorer la transparence sur ce niveau de marge pratiquée.

    Toute remise en cause du SRP+10 ferait peser un risque direct sur les produits bio

  • Agir uniquement sur les marges, sans agir en parallèle sur les règles d’offres et de visibilité du bio comporte un risque réel, celui de rendre ces produits encore moins attractifs économiquement pour les enseignes et leurs magasins et donc, à terme, les rendre moins présents en rayon. De la même manière, toute remise en cause du SRP Seuil de revente à perte +10 ferait peser un risque direct sur les produits bio, qui deviendrait une variable d’ajustement dans ce système de péréquation. Nous proposons donc de fixer un minimum de 20 % d’offre bio à l’horizon 2030, ce qui serait cohérent avec la cible de consommation prévue par la Snanc Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat , et accompagner ceci d’un suivi dans le temps de l’évolution des taux de marge pratiqués sur les produits bio.
  • Bien que l’intention d’Égalim États généraux de l’alimentation soit louable, son contournement est devenu la norme. Le principe de non-négociabilité de la MPA Matière première agricole conduit désormais à un déplacement du centre de gravité des négociations. Comme les enseignes ne peuvent pas agir, en tout cas ouvertement, sur cette composante, les acheteurs reportent la pression économique sur les autres éléments.

    Près de 7 entreprises sur 10 ont fait face, dès l’ouverture des discussions, à des demandes de baisse tarifaire ou un refus de toute revalorisation des prix

  • Les remontées de terrain nous montrent que près de sept entreprises sur dix ont fait face, dès l’ouverture des discussions, à des demandes de baisse tarifaire ou un refus de toute revalorisation des prix. Cela intervient alors même que 80 % des entreprises agroalimentaires bio constatent une hausse du coût des matières premières agricoles. Les entreprises bio avaient formulé des demandes de revalorisation raisonnables, à hauteur de plus de 2 %.
  • Nous pouvons formuler des préconisations :
    • à court terme, faire respecter Égalim et sanctionner lorsqu’il n’est pas respecté. Sans contrôle rapide et sanctions dissuasives, les contournements deviendront les normes ;
    • à moyen terme, il est nécessaire de différencier les règles du jeu pour les PME Petites et moyennes entreprises , ETI Entreprise de taille intermédiaire et TPE Très petite entreprise , pour sortir d’un système dans lequel le rapport de force, mécaniquement, conduit les négociations à l’issue que nous avons vécue cette année ;
    • l’accessibilité du bio ne se construira ni par la guerre des prix, ni par une action isolée sur les marges. Cela doit reposer sur une action cohérente sur l’offre et la visibilité en rayon. »

      Thomas Breuzet, président du Synabio • Syndicat national des entreprises agroalimentaires bio, transformateurs et distributeurs.• Création : 1976• Missions :- accompagner les entreprises adhérentes au quotidien ; - porter la voix des… et dirigeant du groupe Quinoak, le 03/03/2026

« Une majorité d’opérateurs ne nous ont pas lâchés » (Guillaume Lejal, Unebio)

  • « Pour la partie élevage et viande, nous n’avons pas à nous plaindre des relations avec les enseignes. À part quelques exceptions, nous avons plutôt été soutenus et accompagnés dans la crise que nous sommes en train de traverser. Une majorité d’opérateurs ne nous ont pas lâchés.
  • Ce que nous pouvons regretter, c’est l’augmentation des prix du bovin, qui atteint aujourd’hui des niveaux a priori convenables, mais qui ne sont pas liés à des coûts de production, mais à des mécaniques économiques, qui sont aussi fragiles, finalement, que des mécaniques de marché. Nous pouvons s’interroger sur le devenir de ces niveaux de prix.

    Les politiques publiques menées ces dernières années n’ont pas eu des conséquences très positives

  • Un certain nombre de secteurs commerciaux échappent totalement au marché du bio, notamment la restauration commerciale, qui n’est pas rien en termes de consommation de viande. Aujourd’hui, à part quelques rares, concrètement, il n’y a aucune chaîne de restaurants au niveau national qui fait du bio. C’est très pénalisant.
  • Les politiques publiques menées ces dernières années n’ont pas eu des conséquences très positives. Il y a 5-6 ans (en 2020, N.D.L.R.), nous sommes partis à fond dans le développement de la bio, en oubliant les aides au maintien, sans se préoccuper des acteurs économiques en place. On s’est retrouvé avec des milliers de bovins qui n’avaient pas de marché et qu’il a fallu déclasser. »

    Guillaume Lejal, directeur général de l’Unebio, le 03/03/2026

« Du mal à satisfaire les demandes de revalorisation » (Charles Kloboukoff, Léa Nature)

  • « Le marché a longtemps été dynamique. Il a accéléré sur des phases de crise agro-sanitaire et, après une forte croissance de 2013 à 2020, il a chuté pendant trois ans. Les marges brutes se sont affaissées dans un contexte très inflationniste. Nous avons perdu, pour notre part, à peu près 4 points de marge sur 45 sur la transformation de nos produits alimentaires. Nous avons été soumis à des demandes de revalorisation des produits agricoles locaux élevées. Nous avons du mal à les satisfaire du fait de la pression sur les prix, accentuée par un phénomène de concentration de la grande distribution et la volonté des enseignes d’être compétitive et, donc, de ne pas être le dindon de la farce de la guerre des prix qui existe actuellement. »

    Charles Kloboukoff, président de Léa Nature, le 03/03/2026
  • « Le contexte reste exigeant pour le bio et les défis sur les marges continuent de peser sur les comptes associés à trois points majeurs :
    • des matières premières agricoles bio qui ont connu des hausses parfois supérieures à 30 % et qui n’ont pas été répercutées en totalité dans les tarifs bruts et dans les tarifs nets issus des négociations commerciales ;
    • des usines en manque de volume et des difficultés d’écrasement des coûts fixes ;
    • des coûts d’intrants en industriel, emballage et énergie qui ont augmenté et dont nous ne captons pas encore significativement les baisses.
  • Les distributeurs, soumis à une forte pression sur le pouvoir d’achat et la guerre des prix, limitent la répercussion des hausses sur les prix sans une réelle prise en compte des deux spécificités particulières du secteur bio, à savoir :
    • des filières agricoles plus fragiles, qui nécessitent d’être travaillées sur le long terme du fait des trois années de conversion, de la rotation des cultures, mais aussi de complexités techniques telles que le traitement des sols ;
    • des volumes plus volatils liés à des sourcings de matières premières agricoles plus limitées qu’en conventionnel et toujours exposées à des phénomènes haussiers. »

      Éric Guilhem, directeur commercial de Léa Nature, le 03/03/2026

« Le mode de promotion a beaucoup évolué depuis 30 ans. Avant, on impliquait des remises, on pouvait payer des services additionnels pour la qualité de la mise en avant et, ensuite, le distributeur participait à l’effort de la promotion. Aujourd’hui, quand il y a une promotion à -34 %, les 34 % sont entièrement à la charge de l’industriel, en plus des frais de gestion. En bio, il est très compliqué de faire de la promo sans être en vente à perte. Cela signifierait avoir des très belles marges pour pouvoir payer 34 % du prix de vente. Nous arrivons souvent à plus de 50 % de notre facturation et cela rend extrêmement difficile la capacité à promouvoir les produits bio », déclare Charles Kloboukoff.

Sénat

Palais du Luxembourg, siège du Sénat de la République depuis 1879 : première pierre posée en 1615 par Marie de Médicis, successivement demeure royale, prison révolutionnaire, puis siège du pouvoir exécutif brièvement après la Révolution.
Président du Sénat  : Gérard Larcher, LR
• Présidente de la commission des Affaires économiques : Dominique Estrosi Sassone, LR
Président de la commission des Affaires européennes : Jean-François Rapin, LR
• Président de la commission de lAménagement du territoire et du Développement durable : Jean-François Longeot, Union centriste
• Président de la commission des Finances : Claude Raynal, Socialiste, Écologiste et Républicain
Contact  : Juliette Rullier-Maugüé Administratrice-adjointe à la division de la Presse, de l’audiovisuel et des relations extérieures du Sénat
• Tél. : 01 42 34 25 03


Catégorie : Parlement


Adresse du siège

15, rue de Vaugirard
75291 Paris Cedex 06 France


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Fiche n° 16045, créée le 19/09/2024 à 14:49 - MàJ le 15/05/2026 à 18:07

Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab)

• Réseau professionnel des agriculteurs biologiques français.
Création  : 1978
Missions  :
- défendre les droits et porter la voix des agriculteurs et agricultrices bio ;
- développer et essaimer l’agriculture biologique ;
- construire l’agriculture de demain.
Effectif  : 400 salariés, 10 000 adhérents
• Budget  : - 43 813 € de résultat net (2023)
Co-Présidents  : Loïc Madeline et Olivier Chaloche (depuis 2025)
Contact  : Emilie Poinsot, chargée de communication
Tél. : 06 22 30 45 54 (Loïc Madeline), 06 38 55 80 11 (Olivier Chaloche)


Catégorie : Fédérations & Unions


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Fiche n° 15614, créée le 19/04/2024 à 17:12 - MàJ le 27/04/2026 à 16:12

Synabio

Syndicat national des entreprises agroalimentaires bio, transformateurs et distributeurs.
Création : 1976
Missions :
- accompagner les entreprises adhérentes au quotidien ;
- porter la voix des adhérents auprès des institutions publiques et privées ;
- faire évoluer, en lien avec ses partenaires, le label Bio en veillant à maintenir les fondamentaux de l’agriculture biologique et en intégrant les nouvelles exigences de la société et du public.
Données clés : 211 adhérents (dont 80 % de PME), 5,2 Md€ de chiffre d’affaires représentés,
Président : Didier Perréol (Ekibio/Léa Nature)
Contact : Charles Pernin - Délégué général
Tél.  : 06 13 40 29 92


Catégorie : Syndicats


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Fiche n° 16425, créée le 28/01/2025 à 16:14 - MàJ le 27/04/2026 à 10:50


© News Tank Agro - 2026 - Code de la propriété intellectuelle : « La contrefaçon (...) est punie de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende. Est (...) un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une oeuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur. »

©  Sénat
Stéphanie Pageot, secrétaire nationale chargée des liens avec les opérateurs économiques de la Fnab. - ©  Sénat