
CE Marges de la grande distribution : « Une facturation forte sur les produits-services » (JF Loiseau, Ania)
« Les distributeurs, notamment par le biais de ce qu’on appelle les centrales de services, nous imposent quand même un nombre de règles extrêmement importantes sur des sujets de tête de gondole, de promotion. Les distributeurs pratiquent une facturation assez forte sur ces produits-services », déclare Jean-François Loiseau
Président de la commission interfilières « agricole et agroalimentaire internationale » @ FranceAgriMer • Président @ Association nationale des industries alimentaires (Ania) • Président @ ANMF
, président de l’Ania
• Association représentante des entreprises agroalimentaires françaises• Missions :- faire connaître et défendre les enjeux de compétitivité des entreprises et promouvoir un secteur stratégique…
, devant la commission d’enquête sénatoriale sur les marges de la grande distribution et des industriels, le 12/02/2026.
« Les négociations commerciales sont particulièrement tendues qu’on se trouve dans des négociations commerciales en France ou à l’international. Elles sont exacerbées par ce phénomène des centrales d’achat et de services à l’international depuis plusieurs années », indique Marie Buisson, directrice du pôle juridique et compétitivité de l’Ania.
« Ces centrales de service existaient avant les centrales d’achat internationales et étaient présentées initialement comme un moyen de développer les ventes par des prestations marketing et commerciales. C’est pour ça que les industriels ont trouvé cela plutôt séduisant au début. En pratique, elles sont devenues un instrument de captation de valeurs supplémentaires au détriment des fournisseurs », ajoute-t-elle.
Au-delà de la sanctuarisation de la matière première agricole, au-delà des négociations au sein des centrales d’achat européen, l’association représentant les industriels de l’agroalimentaire a évoqué le manque de proportionnalité dans la négociation sur les services.
News Tank rend compte des principaux éléments des auditions de l’Ania.
« Un état de relation de plus en plus compliqué » (JF Loiseau)
- « L’Ania représente 98 % des entreprises de petite taille, sur 23 000 adhérents. Quand nous parlons de création, de partage de valeurs, de relations avec la distribution, c’est parce que nous avons besoin de la grande distribution. Elle représente 70 % des produits alimentaires proposés auprès des consommateurs d’une manière générale.
- Devant une grande distribution extrêmement concentrée, l’état de relation est extrêmement compliqué et l’est de plus en plus depuis 2008-2009, depuis la mise en place de la LME où finalement les sujets autour du pouvoir d’achat, qu’il fallait absolument traiter, ont été mis sur les entreprises que nous représentons, et l’alimentaire est devenu trop souvent la variable d’ajustement du pouvoir d’achat de l’ensemble des Français.
- Entre les agriculteurs qui demandent, de manière totalement justifié, des prix rémunérateurs, et la grande distribution qui demande des prix bas parce que ce sont toujours des prix plus bas qui attirent des clients, il y a au milieu les 23 000 entreprises que nous représentons, qui ne demandent qu’un prix juste, qui permette de rémunérer des salariés, d’investir, de développer l’international.
- Le secteur alimentaire travaille en marge très compressée. Il y a beaucoup de défaillances d’entreprises alimentaires. Nous avons des marges qui sont de moitié de ce qui se fait dans l’ensemble de l’industrie manufacturière. Alors que la moyenne va tourner autour de 3 %, dans la meunerie, cela va être plutôt entre 0 et 2 %. Il ne faut pas s’étonner derrière qu’il y ait un peu cette hécatombe d’entreprises défaillantes. »
- Dans le sujet Égalim, il y a bien entendu la sanctuarisation de la matière première agricole à laquelle nous sommes extrêmement attachés. C’est pour nous une priorité absolue, mais force est de constater que la grande distribution ne suit pas forcément cette règle. Nous avons énormément de sujets d’arbitrage de la matière première agricole entre les distributeurs et les industriels. C’est une ligne rouge extrêmement importante et nous demandons qu’il y ait évidemment beaucoup plus de contrôle dans ce domaine, et de sanctions. Nous sommes très à l’aise pour parler des différentes options, avec la fameuse option 3 extrêmement critiquée et que nous oppose la grande distribution, avec la certification des commissaires aux comptes. Ils sont assermentés dans l’ensemble des entreprises françaises, et lorsqu’ils valident le process d’élaboration du prix de la matière première avant et au terme des négociations commerciales, c’est toute la voie officielle qui est dite.
- Beaucoup de négociations se font maintenant en dehors de la France, et cela concerne de plus en plus les grandes entreprises, mais aussi par voie de ricochet, les entreprises de taille intermédiaire. Les fameuses centrales européennes se développent énormément, et ce qui est très paradoxal, c’est que la production agricole est française, les usines, les artisans, les entrepreneurs, l’industrie agroalimentaire sont sur le territoire français, toute la réglementation est française, les magasins de distribution sont français, mais comment pouvons-nous être arbitrés à une heure et demie d’avion de Paris, dans ces fameuses centrales européennes, si ce n’est que pour détruire encore et toujours un peu plus de marge ?
- Sans cette marge suffisamment nécessaire, non pas pour faire des super profits, nous avons du mal à travailler les sujets de décarbonation, de durabilité. »
Jean-François Loiseau, président de l’Ania, le 12/02/2026
« Le revers de la sanctuarisation de la matière première agricole est un report d’agressivité sur les matières premières industrielles » (Marie Buisson)
- « Énormément d’entreprises font face à des arrêts de commandes, à des menaces de déréférencement ou à des déréférencements effectifs. On me demande énormément les coordonnées du médiateur des relations commerciales agricoles car des entreprises sont dans des situations de non-retour. Cela se passe dans un cadre très compliqué sur la forme, et sur le fond, normalement, il y a le principe de sanctuarisation de la matière première agricole. Mais ce principe n’est pas respecté. Le revers de la sanctuarisation de la matière première agricole est un report d’agressivité sur les matières premières industrielles.
- Nous avons beaucoup parlé de l’option 3, qui selon les distributeurs, est l’option qui ne permet pas une transparence sur la matière première agricole. C’est pourtant l’une des options les plus transparentes puisqu’elle fait appel à un commissaire aux comptes à l’amont et à l’aval. D’ailleurs, c’est la seule option dans laquelle il y a un vrai contrôle de la sanctuarisation de la matière première agricole, puisque le commissaire aux comptes fait une attestation à l’aval. C’est peut-être ce point qui dérange aussi les distributeurs, puisqu’il y a un contrôle de cette sanctuarisation.
- Les entreprises convoquées au sein de ces centrales de services n’ont pas, pour la plupart si ce n’est la quasi-totalité, le choix que d’y être. Elles ne peuvent pas refuser les services qui leur sont proposés. Si ces services avaient une utilité pour les industriels, ces centrales pourraient être intéressantes, elles pourraient développer des parts des marchés, développer du volume, mais aujourd’hui, ce qu’on reproche aux centrales de services, c’est la notion de contrepartie. Elles ne sont pas proportionnées, parfois fictives, et ce sont des centaines de milliers d’euros. Cette notion de contrepartie est la pierre angulaire du droit français, avant même Égalim. Toute la négociation doit tourner autour des contreparties, et ces alliances de services.
- Une soixantaine d’entreprises sont convoquées dans ces centrales de services. Les services proposés peuvent représenter jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros, pour la fourniture de data, pour des rencontres en top to top. Ces services sont proposés dans des catalogues, et les industriels doivent les payer pour pouvoir en bénéficier, et souvent les négociations se mènent en parallèle. Le médiateur, et les industriels, parlent de péage. Certains en ont, mais le problème est qu’elles ne sont pas toujours proportionnées. On invite vraiment les autorités à contrôler la proportionnalité de ces services.
- On n’a jamais souhaité que le Code de commerce que s’applique aux marques nationales s’applique au MDD, il faut une certaine souplesse. Néanmoins, on a quand même souhaité que les dispositifs phares d’Égalim, telle que la sanctuarisation des matières premières agricoles, le SRP + 10, la clause de révision automatique, l’obligation de se revoir annuellement, s’appliquent pour les MDD. Les fabricants de MDD se sentaient un peu oublié avec la tension mise en exergue sur les négociations commerciales. On a d’ailleurs souhaité que l’Observatoire des négociations commerciales agricoles, portant chaque année sur les marques nationales, porte aussi sur les MDD. »
Marie Buisson, directrice du pôle juridique et compétitivité de l’Ania.
« Un tiers des entreprises n’ont pas pu investir sur leur outil industriel depuis plus de 25 ans » (Maxime Costilhes)
- « Le sujet des options 1, 2 et 3 est de savoir quelle est l’évolution de la matière première agricole, quelle que soit son origine, afin que la loi Égalim soit respectée. La question de l’origine est un sujet important sur lequel les entreprises sont engagées. Beaucoup de distributeurs, que vous pourrez interroger, demandent des origines différentes pour faire baisser les prix. S’ils avaient un doute sur les questions d’origine, ils ne nous demanderaient pas de varier les origines pour faire baisser les prix.
- Sur les centrales de services : le fonctionnement actuel, c’est qu’avant toute négociation, d’où la convocation, il doit y avoir ce péage. C’est-à-dire, qu’avant le début des négociations, on indique à celles qui doivent passer par les centrales de services, ce qu’elles doivent payer comme service, et ensuite, débute la phase de négociation.
- Nous avons travaillé avec la Direction générale des entreprises
• Direction du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire• Création : 01/05/2015 (en remplacement de la DGPAAT - Direction générale des politiques agricole, agroalimentaire et des…
à Bercy sur l’état de l’outil industriel français. Aujourd’hui, plus d’un tiers des entreprises n’ont pas pu investir dans leur outil industriel depuis plus de 25 ans. On parle d’IA ou de choses comme ça, mais pour un tiers des entreprises, on est à l’étape d’avoir un outil adapté à la situation de leurs compétiteurs européens. Nous perdons des parts de marché tous les jours face à nos concurrents européens, et nous ne sommes plus exportateurs du tout depuis longtemps en Europe d’aliments, et désormais, la balance commerciale est à la limite sur le reste des pays. »
Maxime Costilhes
Directeur général @ Association nationale des industries alimentaires (Ania)
, directeur général de l’Ania
Association nationale des industries alimentaires (Ania)
• Association représentante des entreprises agroalimentaires françaises
• Missions :
- faire connaître et défendre les enjeux de compétitivité des entreprises et promouvoir un secteur stratégique, premier employeur industriel de France ;
- accompagner les entreprises alimentaires dans des démarches de progrès face aux grandes mutations sociétales ;
- promouvoir les entreprises alimentaires et leurs salariés qui s’engagent chaque jour à proposer une alimentation toujours plus saine, plus sûre, plus durable et accessible à tous.
• Chiffres clés :
- Effectif : 32 syndicats métiers et 17 associations régionales
• Président : Jean-François Loiseau
• Directeur général : Maxime Costilhes
• Directrice des Affaires publiques : Victoria Vilmer
• Tél. : 01 53 83 86 18
Catégorie : Associations, ONG, OIG
Adresse du siège
9 boulevard Malesherbes75008 Paris France
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Fiche n° 15618, créée le 23/04/2024 à 10:17 - MàJ le 21/05/2026 à 14:57
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• Direction du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire• Création : 01/05/2015 (en remplacement de la DGPAAT - Direction générale des politiques agricole, agroalimentaire et des…
Directeur général @ Association nationale des industries alimentaires (Ania)