Canicule, eau, marchés : « Et si la robustesse ne se construisait plus seul ? » (Éric Duverger, CEC)

News Tank Agro - Paris - Tribune n°448487 - Publié le
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« Cultures affectées par les vagues de chaleur, disponibilité de l’eau sous tension, stress voire pertes animales, perturbations logistiques et frigorifiques, volatilité des rendements, hausse des coûts de production, évolution des attentes des consommateurs, pression médiatique : les signaux se multiplient tout au long de la chaîne de valeur. Aucun maillon n’y échappe, du champ à l’assiette. Face à cette accumulation de risques, une question s’impose à tous les dirigeants du secteur : comment construire des entreprises capables de devenir plus robustes dans un monde devenu plus instable ? Longtemps, la transition écologique a été perçue comme une contrainte réglementaire ou un sujet de responsabilité sociétale, cantonné aux directions RSE Responsabilité sociétale des entreprises . Elle devient aujourd’hui un enjeu stratégique de robustesse économique, au cœur des comités de direction. La capacité à anticiper les transformations, à sécuriser ses approvisionnements, à préserver les ressources et à adapter son modèle d’affaires conditionne de plus en plus la pérennité des organisations. Mais une conviction s’impose avec la même force : aucune entreprise ne pourra relever seule ces défis », déclare Éric Duverger, fondateur de la CEC, Convention des Entreprises pour le Climat, parcours Agri Agro, dans une tribune pour News Tank, le 17/07/2026.


Canicule, tensions sur l’eau, volatilité des marchés : et si la robustesse ne se construisait plus seul ?

L’été 2026 rappelle avec force une réalité que beaucoup d’acteurs agricoles et agroalimentaires subissent déjà de plein fouet : les dérèglements climatiques ne constituent plus une menace lointaine, ils impactent directement nos activités, nos performances et notre capacité à nous projeter.

Cultures affectées par les vagues de chaleur, disponibilité de l’eau sous tension, stress voire pertes animales, perturbations logistiques et frigorifiques, volatilité des rendements, hausse des coûts de production, évolution des attentes des consommateurs, pression médiatique : les signaux se multiplient tout au long de la chaîne de valeur. Aucun maillon n’y échappe, du champ à l’assiette.

Face à cette accumulation de risques, une question s’impose à tous les dirigeants du secteur : comment construire des entreprises capables de devenir plus robustes dans un monde devenu plus instable ?

Aucune entreprise ne pourra relever seule ces défis

Longtemps, la transition écologique a été perçue comme une contrainte réglementaire ou un sujet de responsabilité sociétale, cantonné aux directions RSE. Elle devient aujourd’hui un enjeu stratégique de robustesse économique, au cœur des comités de direction. La capacité à anticiper les transformations, à sécuriser ses approvisionnements, à préserver les ressources et à adapter son modèle d’affaires conditionne de plus en plus la pérennité des organisations.

« Une approche systémique, et sans doute la clé de voûte de la résilience du secteur »

Mais une conviction s’impose avec la même force : aucune entreprise ne pourra relever seule ces défis. L’agriculture et l’agroalimentaire forment un système profondément interdépendant, où producteurs, coopératives, transformateurs, distributeurs, restaurateurs, équipementiers, organismes de conseil, financeurs et acteurs de la recherche sont confrontés aux mêmes mutations. Chaque regard, chaque approche enrichit tous les autres : c’est le début d’une approche systémique, et sans doute la clé de voûte de la résilience du secteur.

Cette interdépendance n’est pas une figure de style. Elle se vérifie chaque jour dans les chiffres et sur le terrain. Un épisode de stress hydrique en amont fragilise la disponibilité et la qualité des matières premières, ce qui percute à son tour les capacités de transformation, la régularité des approvisionnements en distribution, puis la confiance du consommateur final. À l’inverse, une exigence nouvelle formulée par le marché - moins d’emballage, plus de traçabilité, des pratiques plus vertueuses - remonte toute la chaîne jusqu’aux choix d’itinéraires techniques du producteur. Les impacts, comme les solutions, circulent dans les deux sens. Personne ne peut plus raisonner en vase clos.

Largement construite sur des logiques de filière cloisonnées

Or, la culture dominante du secteur reste largement construite sur des logiques de filière cloisonnées, de négociation commerciale et de rapport de force entre maillons. Chacun optimise sa propre marge de manœuvre, souvent au détriment d’une vision partagée des risques. Cette fragmentation a longtemps été un mode de fonctionnement viable ; elle devient aujourd’hui un facteur de vulnérabilité collective. Quand la variable climatique s’invite dans l’équation avec une fréquence et une intensité croissantes, l’addition d’optimisations individuelles ne suffit plus à produire un système robuste. C’est la coopération, et non la seule compétition, qui permet d’absorber les chocs, de répartir les risques et de partager la valeur créée par la transformation des modèles.

Concrètement, adopter une approche systémique suppose plusieurs ruptures. D’abord, un changement de posture : accepter de sortir de son périmètre habituel pour comprendre les contraintes et les marges de manœuvre des autres maillons - un producteur qui comprend les impératifs d’un industriel, un distributeur qui intègre les réalités agronomiques d’un territoire, un financeur qui mesure les risques climatiques physiques d’une filière avant d’investir. Ensuite, un partage plus équitable de la valeur et des risques, condition indispensable pour que les efforts de transition ne pèsent pas uniquement sur les maillons les moins outillés pour les absorber, en général les producteurs. Enfin, une capacité à co-construire des solutions à l’échelle d’un territoire ou d’une filière plutôt qu’à l’échelle d’une seule entreprise : mutualisation d’infrastructures, diversification concertée des cultures, partage de données agronomiques et climatiques, investissements croisés dans la recherche appliquée.

« Des espaces de dialogue structurés »

Cette approche systémique ne relève pas de la seule bonne volonté. Elle appelle des espaces de dialogue structurés, où des dirigeants issus de tous les maillons de la chaîne alimentaire prennent le temps de se rencontrer, de croiser leurs analyses et d’élaborer ensemble des trajectoires compatibles avec les défis économiques, sociaux et environnementaux actuels et à venir. C’est dans ces échanges, souvent plus lents que les cycles habituels de décision, que naissent les solutions collectives qu’aucun acteur, seul, n’aurait pu construire : des filières repensées de bout en bout, des modèles de rémunération plus justes pour les producteurs, des innovations partagées qui réduisent la vulnérabilité de tous.

Le temps presse, et c’est précisément pour cela qu’il faut ralentir un instant : prendre le temps de la coopération, du dialogue entre maillons, de la construction collective, pour ensuite aller plus vite et plus loin ensemble. Les entreprises qui sauront tisser ces liens de confiance et de coopération dès maintenant avec l’ensemble de leur écosystème seront celles qui traverseront le mieux les prochaines décennies. Cet été 2026, une fois de plus, nous le rappelle : la robustesse de demain ne se décrétera pas seule dans son coin, elle se construira à plusieurs, à l’échelle de tout le système agricole et agroalimentaire.

Éric Duverger, Fondateur de la CEC parcours Agri Agro, pour News Tank le 17/07/2026.

Éric Duverger

Parcours

GenAct
Board Member
Regen Ecosystem
Membre actif
Convention des entreprises pour le climat (CEC)
Founder
Ashoka
Ashoka Fellow
La Fresque du Climat
Board Member
Michelin
Global Marketing Director - Services and Solutions
Michelin
Business Segment Manager - Truck & Bus Division
Michelin
Commercial Director, Original Equipment
Michelin
Global Pricing Manager, Original Equipment
Michelin
Pricing Manager Europe, Original Equipment
Michelin
Finance Manager, Credit, Treasury & Investments
Michelin
Financial Analyst, Acquisitions

Établissement & diplôme

Stanford University
Executive Program, Customer-Focused Innovation
ESCP Business School (ESCP)
Master of Business Administration - MBA

Fiche n° 56746, créée le 16/07/2026 à 17:42 - MàJ le 16/07/2026 à 17:46