Eau : « Sans changement dans nos usages, des tensions chroniques pourraient apparaître » (HCSP)

News Tank Agro - Paris - Analyse n°446881 - Publié le
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« Les écosystèmes seront durement affectés par les effets du changement climatique. Sans changement dans nos usages de l’eau, des tensions chroniques pourraient apparaître. Les territoires du sud de la France seront particulièrement affectés. La question de l’eau doit être politisée : organiser son partage, choisir les solutions adaptées, tenir compte de l’eau dans nos politiques publiques/choix de société », indiquent les experts du HCSP Haut Conseil de la Santé Publique , Simon Ferrière, ingénieur et adjoint au directeur du département Environnement, et Nicolas Riedinger, directeur de ce département, formulées le 01/07/2026.

Les prélèvements s’élèvent à 31 milliards de m3 d’eau en France, dominés par le secteur de l’énergie (45 %), en particulier par les centrales nucléaires de la vallée du Rhône. L’irrigation représente 11 % de ces prélèvements et l’élevage 2 %. Les prélèvements sont plus importants en hiver (énergie) et en été (irrigation agricole). Pour la consommation en eau, sans retour direct au milieu naturel (pertes par évapotranspiration), cinq milliards de m3 sont consommés, à 61 % par l’irrigation agricole. L’élevage représente respectivement 2 % des prélèvements d’eau et 5 % de la consommation.

Si les usages de l’eau ne changent pas d’ici 2050, 88 % du territoire pourrait être en tension vis-à-vis de la ressource en eau. Les mesures de politiques publiques entreprises ou annoncées (relance du nucléaire, réindustrialisation, végétalisation de l’alimentation et développement sur 50 % des surfaces agricoles) ou un scénario d’une société « sobre, une baisse des consommations énergétiques et une forte présence des énergies renouvelables, la fermeture de quatre réacteurs nucléaires sur cinq, la réduction de moitié de la consommation de viande, la généralisation des pratiques agroécologiques sur le territoire et une forte réduction de la consommation d’eau chez les ménages » permettront de diminuer la durée des tensions sur l’eau, sans les supprimer.


Trois scénarios pour la société et l’agriculture

Les tensions sur l’eau vont se généraliser, à moins d’une rupture dans les tendances de consommation et d’un changement des habitudes de la société. - ©  France Stratégie

Scénario tendanciel

À l’horizon 2050, l’agriculture française maintient un excédent commercial grâce à des rendements élevés et à la poursuite de productions destinées à l’exportation, notamment la pomme de terre et la betterave à sucre dans le nord du pays. Les surfaces en soja plus que doublent afin de renforcer l’autonomie protéique teneur en protéines des élevages, tandis que celles de maïs grain reculent. Les cheptels diminuent globalement, à l’exception des volailles, en légère hausse. Les pratiques agroécologiques restent stables et, sans nouvelles retenues de substitution, l’extension de l’irrigation repose sur les équipements existants, avec une hausse de 50 % des surfaces irriguées, surtout dans les bassins de l’Escaut et de la Loire aval.

Scénario « politiques publiques »

Dans ce scénario aligné sur la Stratégie nationale bas carbone, la végétalisation de l’alimentation réduit le cheptel et favorise les cultures de protéines végétales. Les surfaces dédiées à l’alimentation humaine seraient multipliées par plus de cinq d’ici 2050, tandis que celles en soja et protéagineux progresseraient de plus du double afin de renforcer l’autonomie protéique des élevages. L’agroécologie couvrirait la moitié des surfaces agricoles, soutenue par des aides ciblées. La stratégie de gestion de l’eau combine outils de pilotage de l’irrigation, développement massif des retenues de substitution, dont le volume serait multiplié par quatorze, réutilisation des eaux usées traitées dans le Sud côtier, et hausse de 50 % des surfaces irriguées.

Scénario de rupture

Ce scénario repose sur une baisse de moitié de la consommation de viande d’ici 2050, entraînant un recul du cheptel et des surfaces consacrées à l’alimentation animale. Les prairies temporaires diminueraient de 11 % et les cultures fourragères de 58 %, tandis que les productions végétales destinées à l’alimentation humaine progresseraient fortement, notamment les protéines végétales, les légumes frais et l’arboriculture. L’agroécologie serait généralisée, avec des variétés plus résistantes à la sécheresse. Sans nouvelles retenues de substitution, l’extension des surfaces irriguées resterait limitée à 12 % entre 2020 et 2050.

Évolution des besoins en eau de l’élevage et de l’agriculture

Prévisions des besoins en eau de l’élevage selon différents scénarios - ©  France Stratégie

Les besoins en eau de l’élevage diminuent dans l’ensemble des scénarios à l’horizon 2050, avec une baisse plus marquée dans les trajectoires de rupture, portée par la réduction des cheptels bovins et porcins, les plus consommateurs en eau.

Évolution des besoins en eau des différentes cultures - ©  France Stratégie

Les besoins en eau des cultures évoluent de manière contrastée selon les scénarios, avec une hausse globale marquée sous l’effet du changement climatique et de l’extension des surfaces irriguées, notamment pour les cultures les plus dépendantes de l’irrigation comme le maïs, tandis que les gains liés aux pratiques agroécologiques et aux outils de pilotage permettent d’atténuer partiellement ces augmentations.

La vallée du Rhône concentre les besoins en eau

Les prélèvements et la consommation d’eau sont dominés par l’énergie et l’agriculture, en particulier dans la région Rhône Méditerranée - ©  France Stratégie

En 2020, le bassin Rhône Méditerranée a prélevé 16,5 milliards de m³ d’eau, principalement pour la production d’énergie. Sur le 1,5 milliard de m³ effectivement consommé, plus de la moitié a été utilisée par l’agriculture.