Planification écologique : « L’atteinte des cibles nécessite des changements structurels » (SGPE)
Les principales trajectoires sont en amélioration, mais l’atteinte des cibles nécessite des changements structurels, telle est l’une des observations de la revue de planification écologique du SGPE
• Le Secrétariat général à la planification écologique coordonne la planification écologique des politiques à visée écologique• Création : 2022• Missions : - assurer la cohérence et le suivi des…
visant à évaluer l’état d’avancement du secteur agricole et agroalimentaire par rapport aux cibles de planification écologique, publiée le 02/04/2026.
Cet exercice, mené au second semestre 2025, visait aussi à analyser les causes de l’état d’avancement, ainsi qu’informer une réflexion sur des mesures de politiques publiques complémentaires permettant de crédibiliser l’atteinte des cibles.
Il en ressort plusieurs observations, dont :
• sur les émissions de GES de l’agriculture : elles diminuent depuis 2019 — principalement tirées par la décapitalisation constatée du cheptel bovin français et la réduction des achats d’engrais azotés en 21/22 et 22/23 à cause de la forte augmentation des prix — mais les terres agricoles continuent de déstocker ;
• sur l’élevage : les importations de viande bovine représentent 28 % des volumes consommés en France en 2023, contre 23 % en 2018 — « afin de limiter les fuites de carbone et de protéger la production française, les politiques publiques devront notamment se focaliser sur la baisse des importations de viande » ;
• sur les engrais azotés : la France est importatrice nette, avec un déficit de plus de 1,1 Md€ en 2024 ; près de 10 % des engrais importés provenaient encore de Russie ; le surplus d’azote tend à diminuer dans une logique d’optimisation des coûts et de réduction des impacts ;
• sur les protéines végétales : leur développement progresse, mais reste bien en deçà des cibles (1,11 Mha en 2024 vs 2,7 Mha en cible) ; un manque de débouchés pour les légumineuses en alimentation humaine et animale ;
• sur les produits phyto : une réduction de l’indicateur HRI1
Indicateur de Risque Harmonisé européen, correspond à la somme des quantités de substances actives vendues en une année.
de 49 % pour la France en 2023, contre 61 % en moyenne pour l’UE
Union européenne
;
• sur l’eau : les besoins en eau de l’agriculture vont augmenter sous l’effet du changement climatique, avec des risques de tensions locales ; le stockage artificiel participera à modérer la demande estivale, mais doit être accompagné de solutions de sobriété pour atteindre un équilibre en 2050.
État des lieux de l’avancement par rapport aux objectifs de planification écologique en agriculture
| Objectif | Principal indicateur | Observation | Progrès par rapport à l’objectif |
| Réduction de l’utilisation d’engrais minéraux azotés et de l’impact de la fertilisation sur les milieux | -15 % d’engrais minéraux azotés consommés depuis 2020 vs cible de -30 % à 2030 | Les livraisons d’engrais minéraux azotés ont diminué de -15 % entre 2020 et 2024 (en tonnes d’azote), avec une baisse significative sur les campagnes 21/22 et 22/23 corrélée à un effet prix (emballement du marché fin 2021 lié aux tensions géopolitiques et à la hausse des prix de l’énergie). Une dynamique de long terme reste à assurer pour atteindre l’objectif de -30 % à 2030 (SNBC), comme le montre la hausse observée sur 23/24. La France reste par ailleurs dépendante de l’importation d’engrais minéraux. |
À risque |
| Augmentation des surfaces cultivées en légumineuses (fixation symbiotique, autonomie protéique) | Stagnation à 1 Mha de légumineuses vs cible de 2,7 Mha à 2030 | Les surfaces cultivées en légumineuses ont doublé depuis le lancement du plan protéines végétales 2014-2020,mais stagnent depuis quatre ans autour de 1 Mha (+2 % sur 2020-2024), loin de l’objectif de 2,7 Mha à 2030 (ou 10 % de la SAU) fixé par la Losarga, en raison de freins agronomiques, économiques et logistiques. La France reste dépendante de l’importation de protéines végétales pour l’alimentation animale, et principalement de soja (le taux d’auto-approvisionnement en tourteaux en 2023 est de ~50 %). |
Écart significatif |
| Développement de l’élevage durable (réduction des émissions de GES, maintien des prairies, azote organique) | Décapitalisation trop rapide du cheptel bovin | La réduction des émissions brutes de GES
Gaz à effet de serre
liées à l’élevage est en phase avec la trajectoire SNBC, mais elle est principalement tirée par la diminution excessive du cheptel bovin français, et non par l’amélioration des pratiques d’élevage. Ainsi, le report de la consommation vers la viande française issue d’élevages extensifs est un enjeu de souveraineté mais également de transition agroécologique (maintien des prairies permanentes, apport de matière organique locale). |
|
| Réduction des émissions des bâtiments et machines agricoles | -6 % depuis 2020 vscible -25 % à 2030 | Après une faible réduction, les émissions de GES du sous-secteur des bâtiments et machines agricoles repartent à la hausse depuis 2023. Une tendance confirmée sur le S1 2025 avec +7 % par rapport au S1 2024 selon les derniers chiffres du Citepa. La décarbonation du parc roulant, notamment via l’électrification, reste marginale. | À risque |
| Réduction de l’utilisation et des risques liés aux produits phytopharmaceutiques (PPP) | -49 % en HRI en 2023 par rapport à 2011-2013 vs cible -50 % en 2030 | Le HRI1, principal indicateur de suivi des objectifs de la stratégie Ecophyto 2030, atteint 51 en France en 2023,soit une baisse de 49 % par rapport à la moyenne 2011-2013, en ligne avec l’objectif de -50 %. Cette baisse traduit notamment l’effectivité des retraits européens d’approbations de substances actives. Les indicateurs complémentaires de suivi QSA et NODU sont cependant stables depuis 2020. La mise en œuvre de la stratégie Écophyto 2030 demeure indispensable pour réduire durablement l’usage des PPP. |
À risque |
| Gestion durable de la ressource en eau | Risque d’effet ciseaux important entre disponibilité et besoins | L’agriculture est le premier secteur consommateur d’eau douce (66 %). Les scénarios de réchauffement de la Tracc (Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique) impliquent une baisse de la ressource en eau à 2050. En parallèle, les besoins en eau de l’agriculture vont augmenter sous l’effet du changement climatique, avec des risques de tensions locales. Face à cet effet ciseaux, le Plan Eau vise la stabilité des prélèvements pour l’irrigation entre la moyenne 2018-19-20 et 2030, nécessitant la mobilisation de plusieurs leviers : amélioration de la prospective et connaissance de la ressource, sobriété d’utilisation à l’hectare, partage concerté de la ressource, structuration de filières sobres en eau, et stockage contre les déséquilibres saisonniers locaux. |
À risque |
| Développement des couverts végétaux ou cultures intermédiaires | ~3 Mha de couverts en 2020 vs cible 4,8 Mha en 2030 | La généralisation des couverts végétaux en interculture est un enjeu majeur pour atteindre les objectifs de planification écologique, notamment en matière de réduction des fuites d’azote vers les milieux, de renforcement de l’autonomie azotée et protéique, de production de biomasse, de stockage de carbone dans les sols, de gestions des flux hydrique / structuration des sols et de biodiversité. La SNBC prévoit ainsi une généralisation de la couverture des sols lorsqu’elle est techniquement possible, pour atteindre ~8,5 Mha à 2050 et 4,8Mha en 2030, contre ~3 Mha aujourd’hui. |
À risque |
| Développement de la méthanisation | ~24 TWh de biogaz en2024 aligné PPE | La PPE et la SNBC (en consultation) présentent des objectifs de production de biogaz ambitieux (44 TWh de bio-méthane injecté en 2030), reposant majoritairement sur le développement de couverts végétaux à vocation énergétique ainsi que la mobilisation de résidus de cultures et d’effluents d’élevage. | |
| Développement des haies | Dégradation du linéaire selon les données disponibles, en cours de fiabilisation. | L’atteinte de l’objectif de +50 000 km de linéaire nets à 2030 par rapport à 2020 nécessite de stopper la dégradation des haies existantes et d’accompagner le développement du linéaire par la mise en place de pratiques de gestion durable et la structuration de filières permettant la valorisation économique des produits de la haie. | |
| Développement de l’agriculture biologique et Haute Valeur Environnementale | ~10 % de la SAU en bio vs objectif de 21 % à 2030 et hausse des déconversions | Les surfaces cultivées en bio sont en baisse pour la 2e année consécutive. La part qu’elles représentent dans la surface agricole utile totale plafonne autour de 10 % contre un objectif de 21 % à 2030 et 25 % à 2050 visé par la SNBC et le Plan Ambition Bio 2027. En parallèle, la consommation à domicile en France redémarre en valeur en 2024, tirée par les distributeurs spécialisés, l’artisanat et la vente directe tandis que la grande distribution poursuit son recul pour la 4e année consécutive. HVE ralentit sa progression sur les trois dernières années après une croissance exponentielle. La certification a été partiellement renforcée en 2023 afin de rehausser ses exigences environnementales. Une seconde phase de révision est en cours. |
Écart significatif |
| Évolution des régimes alimentaires vers une alimentation saine et durable | ~6 % d’achats bio au total vs cible à 12 %4~12 % d’achats bio en restauration collective vs cible à 20 % | La consommation alimentaire doit encore évoluer pour soutenir les changements de pratiques amont et atteindre les recommandations nutritionnelles du PNNS. La consommation de légumes secs diminue alors qu’elle devrait être multipliée par 2,2 en 2030 pour respecter les objectifs de la Snanc
Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat
. La consommation de viande bovine diminue légèrement avec un report vers la volaille, mais la quantité de viande importée reste conséquente (déficit commercial de ~750 M€ sur la viande bovine en 2024). En restauration collective, la part des achats de produits durables et de qualité dont bio n’atteint pas encore les cibles Égalim États généraux de l’alimentation : sur les 40 % de cantines ayant télédéclaré en 2024 (x2 vs 2023), on estime à 28 % la part des produits durable et de qualité dont 12 % de bio. |
À risque |
| Souveraineté alimentaire /résilience des exploitations agricoles et des IAA | -350 M€ de déficit de la balance commerciale agro-alimentaire sur janvier - septembre 2025 | La balance commerciale agroalimentaire affiche un déficit de ~350 M€ sur les 9 premiers mois de 2025, avec un risque de décrochage annuel inédit depuis près de 50 ans. La France est autosuffisante pour la majorité des filières, mais présente une dépendance croissante pour certaines productions (ex., volailles, poissons), et voit sa balance commerciale, historiquement excédentaire, se dégrader rapidement. En amont, la France demeure fortement dépendante des importations d’engrais minéraux notamment azotés et de protéines végétales pour l’alimentation animale, ce qui crée une vulnérabilité pour les exploitants face à la forte volatilité des cours internationaux. |
À risque |
Secrétariat général à la planification écologique (SGPE)
• Le Secrétariat général à la planification écologique coordonne la planification écologique des politiques à visée écologique
• Création : 2022
• Missions :
- assurer la cohérence et le suivi des politiques à visée écologique,
- initier et cadrer la mobilisation des ministères et parties prenantes- coordonner les négociations
- et mesurer la performance des actions menées.
• Effectifs : 35 (2024)
• Quatre pôles : Ambition, Territorialisations et filières, Engagement et Impact
• Secrétaire général à la Planification écologique : Augustin Augier (depuis juin 2025)
• Contact
Catégorie : Administration centrale
Adresse du siège
19 rue de Constantine75007 France
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Fiche n° 16358, créée le 09/01/2025 à 15:46 - MàJ le 02/04/2026 à 17:39
