Présidentielle 2027 : la création d’un Airbus de l’engrais parmi les propositions de l’Institut Montaigne
Créer un « Airbus » de l’engrais, chargé de promouvoir l’émergence d’un marché unique de l’engrais, y compris avec une standardisation commune à l’échelle de l’UE
Union européenne
: telle est l’une des propositions de l’Institut Montaigne
• Think tank• Création : 2000• Mission : proposer des études et des débats sur les politiques publiques au service de l’intérêt général• Président d’honneur : Claude Bébéar• Président : Henri de…
, dans sa note sur l’agriculture intitulée « Repenser notre modèle agricole », issue de ses « Repères de Montaigne : 25 recommandations pour la France », publiés le 06/10/2026.
« Sur 10 Mt
Millions de tonnes
d’engrais azotés consommées chaque année en Europe, la moitié est importée. La France, plus particulièrement, ne produit que 30 % des engrais qu’elle consomme. Réduire nos dépendances à l’azote, mais aussi au phosphate ou au potassium, est essentiel. L’émergence d’un géant européen des engrais organiques et minéraux nécessite donc le rachat et la fusion d’usines en Europe », indique le think tank.
Celui-ci émet plusieurs propositions, réunies au sein de trois axes, visant à « produire plus », notamment au sein de cinq filières jugées prioritaires : les céréales, les légumineuses et protéines végétales, les fruits et légumes vivriers, le poulet et les œufs, ainsi que le lait. L’Institut Montaigne fait le choix de « libérer la production raisonnée, dans une logique de modernisation à la fois biologique et mécanique ».
L’institut évalue l’impact budgétaire entre 3,9 et 9 Md€ par an pendant cinq ans et « selon le niveau d’ambition de soutien aux filières prioritaires », dont :
• la constitution de stocks d’engrais pour 90 jours (1,2 Md€ par an) ;
• le triplement des capacités de stockage hivernal de l’eau à usage agricole (336 M€ par an pendant cinq ans) ;
• un renforcement des cinq filières stratégiques (1,5 à 5,2 Md€ par an pendant dix ans, selon le niveau d’ambition) ;
• l’atteinte de 80 % de produits locaux et de saison dans la commande publique (960 M€ à 2,1 Md€ par an).
Les gains escomptés sont de l’ordre de 7,1 Md€ par an avec la réduction des importations, notamment :
• 50 % de la volaille de chair (1,5 Md€ par an) ;
• 20 % des fruits et légumes (1,9 Md€ par an) ;
• 100 % du soja (1,5 Md€ par an) ;
• 20 % des produits laitiers et des productions à base de céréales (1,9 Md€ par an) ;
• 10 points de pourcentage pour les engrais (hors constitution de stocks stratégiques) (210 M€ par an).
Les recommandations de l’Institut Montaigne
Axe 1 : Organiser un soutien assumé à la production, y compris pour l’export
Lever les contraintes administratives et réglementaires :
- introduction d’un « guichet unique agricole » pour les démarches foncières et fiscales ;
- réduction des délais d’autorisation et des options de recours à six mois pour les projets d’installation, d’agrandissement ou de modernisation (serres, bâtiments d’élevage, bassins piscicoles, etc.) ;
- autorisation en France des molécules homologuées dans les autres pays européens pour rétablir une concurrence équitable, sans céder parallèlement aux dérogations d’urgence pour les produits non homologués ;
- désiloter les politiques publiques traitant d’environnement, d’eau, de terres agricoles (Ademe
• Établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) placé sous la tutelle conjointe du ministère de la Transition écologique et solidaire et du ministère de l’Enseignement supérieur…
, Agence de l’Eau, etc.).
Restructurer la Safer
• Société anonyme, sans but lucratif, avec missions d’intérêt général, sous tutelle des ministères de l’Agriculture et des Finances• Création : 05/08/1960, par la loi d’orientation…
en lui confiant principalement un rôle de regroupement des exploitations et de remembrement des parcelles. Tout en limitant son droit de préemption parfois abusif, veiller à l’équilibre entre grosses et petites exploitations et à la pertinence géographique. Revenir sur ses avantages fiscaux (exonération des taxes foncières, frais d’intermédiation élevés, etc.) afin d’égaliser les conditions d’achat. Le non-renouvellement générationnel des agriculteurs, l’impératif de modernisation et le coût croissant du capital appellent à refondre notre vision des exploitations mais également à développer des solutions de fermages pour permettre un accès au foncier plus ouvert. Préserver les terres les plus arables pour l’agriculture et orienter les implantations commerciales et industrielles vers les terres peu fertiles.
Soutenir l’installation et la transmission des exploitations, en particulier pour les plus jeunes et les plus qualifiés. Pour cela, accorder des exemptions d’impôts sur le revenu pour les cinq premières années aux jeunes agriculteurs.
Généraliser les contrats d’avenir pour accompagner financièrement et techniquement les jeunes agriculteurs se lançant dans des cultures adaptées au marché et au changement climatique, y compris via des pratiques de régénération des sols.
Introduire un référentiel technico-économique agricole par filière et par région afin de donner des repères aux agriculteurs et de les accompagner dans la prise de décision.
Structurer une filière européenne des engrais à taille critique afin de la rendre compétitive et plus résiliente, en particulier en réinvestissant la filière de l’ammoniac vert. Développer de nouvelles compétences phytosanitaires (fongicides, insecticides, herbicides) dans un cadre sanitaire rigoureux. Les intrants naturels (eau, engrais, semences, énergie) restent dans tous les cas indispensables à la production et à l’adaptation au changement climatique. Reconsidérer les intrants non pas de manière idéologique mais de manière stratégique. Constituer des stocks stratégiques d’engrais. Créer des centrales d’achat coopératives pour rendre accessible les semences certifiées et les engrais adaptés aux nouvelles conditions climatiques.
Flécher de manière plus stratégique l’usage de l’eau :
- approche pluriannuelle des besoins en volume d’eau ;
- installation et entretien par du crédit fiscal de systèmes d’irrigation innovants (compte-gouttes de précision, gestion en temps réel des besoins, etc.) ;
- plantation d’arbres et de haies pour favoriser la rétention et la récupération des eaux de pluie, y compris pour préserver les zones humides ;
- triplement des capacités collectives de stockage hivernal, non de pompage ;
- exploration du potentiel de réutilisation des eaux usées ;
- développer un plan et des outils de résilience de la forêt française afin de permettre aux professionnels du secteur d’absorber et de prévenir le risque climatique et de renouveler les peuplements sénescents.
Axe 2 : Intégrer territorialement et verticalement les filières agroalimentaires pour conserver la valeur ajoutée et les emplois
Mettre en place un plan à 10 ans de priorisation des cultures et des élevages nécessaires à notre souveraineté alimentaire. Prendre en compte les besoins populationnels, les évolutions climatiques, les potentiels régionaux et les fragilités actuelles de certaines filières. S’appuyer si besoin sur les travaux d’évaluation de la loi d’urgence 2026, les PAT Projet alimentaire territorial , les Conférences de la souveraineté alimentaire. Les filières céréales, légumineuses et protéines végétales, fruits et légumes vivriers, poulets et œufs, lait, devront donc bénéficier d’un traitement prioritaire dans l’action de l’État.
Structurer de manière verticale et intégrée la production ainsi que la transformation de ces filières, y compris dans sa dimension de planification territoriale. Envisager la création de clusters agricoles intégrant producteurs, transformateurs de matière première (abattoirs, moulins, tours de séchage, centre de trituration, etc.), usines de transformation industrielle et logistique.
S’assurer que la commande publique est exemplaire, dans un premier temps, puis la restauration collective, dans un second temps, afin de sécuriser des débouchés pour les producteurs. Rendre l’approvisionnement local et européen obligatoire, en volume et en valeur : 80 % en 2030, 85 % en 2035,90 % en 2040. Remonter parallèlement le plafond des marchés publics du gré à gré au niveau des marchés publics européens. À l’international, privilégier la marque France plutôt que les étiquettes régionales pour renforcer notre politique d’exportation.
Réengager le citoyen sur la valeur et les vertus d’une alimentation locale, saine et de saison mais également sur la pénibilité de certaines professions agricoles ou halieutiques afin de le sensibiliser sur les produits consommés. Les Français aiment les agriculteurs mais un pas supplémentaire doit être effectué pour restaurer une véritable appréciation du travail des agriculteurs et redonner à la consommation ses lettres de noblesse.
Assurer une juste rémunération des producteurs et une meilleure valorisation de leur production via cette éducation du consommateur. Restructurer les négociations commerciales pour permettre d’équilibrer le partage de la valeur entre professions et sans sacrifier, surtout, les producteurs.
Axe 3 : Pérenniser notre excellence en matière d’innovation agricole et halieutique pour prévenir les dépendances futures
Investir dans une agriculture de précision
Concilier performance agricole, respect environnemental et qualité nutritionnelle pour retrouver notre ambition scientifique. Accroître les aides budgétaires aux semenciers, aux généticiens et aux vétérinaires dont les investissements en R&D La fonction Recherche & Développement regroupe l’ensemble des processus qui, partant de la recherche fondamentale ou d’une invention, assurent sa faisabilité industrielle sont longs, coûteux et incertains. Développer des variétés de semence adaptées et des races de troupeaux plus résilients aux stress climatiques ou aux limitations hydriques.
Développer l’agriculture de précision et la robotisation en déduisant des revenus imposables la totalité de l’achat d’un matériel innovant ou de précision (robotique, drones, dosage par laser, logiciels de cartographie, filets sélectifs, biofiltration des bassins, matériels autotractés, etc.). Motiver des prêts à taux zéro pour ces achats auprès des banques partenaires en fournissant des garanties étatiques. S’assurer que cette modernisation s’opère avec le soutien de structures coopératives, des interprofessions et des bureaux d’études vers les filières les plus exigeantes en main-d’œuvre et en précision (traite laitière, maraîchage, arboriculture, pêche en mer, etc.) en priorité.
Encourager les souscriptions à des abonnements partagés de logiciels s’appuyant sur l’IA Intelligence artificielle , via les Chambres d’agriculture, pour réduire la charge administrative, simplifier la gestion des récoltes et mieux anticiper les calendriers d’activités par filière. Ne pas négliger, pour les exploitations, les risques cyber liés au développement de ces nouvelles technologies.
Œuvrer à refonder la PAC Politique Agricole Commune européenne
Au niveau européen, construire une coalition de pays européens partageant une vision commune d’une agriculture raisonnée, diversifiée et modernisée, une agriculture qui soutient également la prise de risque dans les projets d’avenir comme cela se fait pour l’industrie. S’assurer dans tous les cas de la sanctuarisation, a minima, du budget de la PAC et capitaliser sur les financements éligibles à l’agriculture dans le Fonds pour la compétitivité.
Recentrer la PAC autour d’une logique de production et d’offre alimentaire souveraine qui rémunère mieux les producteurs européens. Refuser les distorsions de concurrence intérieure et limiter les importations moins disantes sur le plan sanitaire et environnemental. Ne pas exiger de limitation de production par principe dans les aides environnementales européennes. Financer en particulier la modernisation des exploitations pour réduire la pénibilité qui représente un défi commun à tous les pays européens.
Institut Montaigne
• Think tank
• Création : 2000
• Mission : proposer des études et des débats sur les politiques publiques au service de l’intérêt général
• Président d’honneur : Claude Bébéar
• Président : Henri de Castries
• Directrice générale : Marie-Pierre de Bailliencourt, depuis le 01/09/2022.
• Secrétaire général : Gilles Trochet
• Contact : Catherine Merle du Bourg, chargée de projets - communication et relations presse
• Tél. : 01 53 89 05 60
Catégorie : Think tank
Adresse du siège
59, rue la Boétie75008 Paris France
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Fiche n° 16127, créée le 16/10/2024 à 16:42 - MàJ le 09/10/2026 à 11:07
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• Établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) placé sous la tutelle conjointe du ministère de la Transition écologique et solidaire et du ministère de l’Enseignement supérieur…